Tout le monde connaît Fromelles et juillet 1916. Presque personne ne connaît Pilly et octobre 1914. Pourtant, à quelques kilomètres, sur le territoire d’Herlies, un régiment irlandais a perdu 158 hommes en trois jours de combats — et il a fallu attendre 2018 pour qu’un monument le rappelle.
C’est l’un des épisodes les plus méconnus de la Grande Guerre dans les Weppes, et il mérite mieux qu’une note de bas de page.
Octobre 1914 : la guerre de mouvement s’arrête ici
Il faut se replacer dans le contexte. À l’automne 1914, la guerre n’est pas encore figée. Les armées se cherchent dans une immense course vers la mer du Nord. Le Corps expéditionnaire britannique remonte de la Marne vers la Flandre ; l’armée allemande vient de prendre Lille.
Les 18, 19 et 20 octobre 1914, l’affrontement se produit près d’Herlies, au hameau de Pilly. Le Royal Irish Regiment y est engagé. Bilan : 158 morts irlandais en trois jours, dans des champs de betteraves et des fermes de plat pays.
Quelques jours plus tard, le front se stabilise sur la crête d’Aubers, et il n’en bougera pratiquement plus jusqu’en 1918. Autrement dit : Pilly fait partie des tout derniers combats de mouvement du secteur, ceux qui ont décidé où la ligne allait se figer pour quatre ans.
Trois jours d’octobre 1914 ont dessiné une frontière qui a tenu quatre ans.
Un monument en 2018, cent quatre ans plus tard
Le monument de la bataille de Pilly a été inauguré en 2018, à l’occasion du centenaire de la fin du conflit. Cette date tardive dit quelque chose d’important sur la hiérarchie de la mémoire : les batailles de 1916 et 1917, mieux documentées et fortement portées par les mémoires nationales australienne, canadienne et britannique, ont longtemps éclipsé les combats de 1914.
L’initiative rétablit un équilibre. Elle rappelle aussi la place des soldats irlandais dans l’armée britannique de 1914 — une mémoire longtemps compliquée en Irlande même, où la Grande Guerre a été recouverte par l’histoire de l’indépendance.
Herlies, un bourg reconstruit
Herlies compte environ 2 267 habitants sur 7,12 km², code postal 59134. Le maire est Bernard Debeer et le site municipal est herlies.fr. La commune joue un rôle de carrefour au centre des Weppes, entre Illies, Fournes-en-Weppes, Sainghin-en-Weppes et Marquillies.
Le village a été détruit pendant la guerre. Son église a été reconstruite en 1926, comme tant d’autres dans le plat pays — voir Clochers reconstruits du plat pays. Le monument aux morts communal complète cet ensemble mémoriel.
Côté nature, Herlies a deux atouts :
- l’étang des Sept Fontaines, joli nom pour un plan d’eau de plat pays ;
- la rivière la Layes, dont la source se trouve sur la commune — un détail qui compte dans un territoire où l’eau structure les paysages, du canal de la Deûle au canal d’Aire à La Bassée.
Visiter : une matinée bien remplie
Voici un enchaînement qui fonctionne :
- Le bourg d’Herlies : l’église de 1926, la place, le monument aux morts. Vingt minutes à pied.
- Le monument de Pilly : renseignez-vous en mairie pour l’accès exact, le site étant un monument local et non un équipement touristique.
- L’étang des Sept Fontaines pour une pause.
- La suite vers Illies : cimetière militaire allemand de 2 890 soldats, poste d’observation de la Bouchaine, parcours de la crête d’Aubers. Lire Illies : 2 890 tombes et la crête qu’on n’a pas prise.
- Ou vers Wicres : 581 habitants et deux cimetières militaires allemands, dont un de 2 824 tombes.
Deux conseils de terrain : dans les Weppes, les monuments sont souvent au bord de routes départementales sans trottoir — garez-vous correctement et faites attention aux enfants. Et emportez de l’eau : les commerces de village ferment tôt.
Pourquoi cet épisode compte pour les Weppes
Trois raisons, au moins.
- Il explique la géographie du front. Sans octobre 1914, on ne comprend pas pourquoi la ligne s’est arrêtée sur la crête d’Aubers, ni pourquoi Le Maisnil, Aubers et Illies sont truffés de blockhaus.
- Il élargit la liste des nations concernées. Les Weppes accueillent des tombes britanniques, australiennes, allemandes, françaises — et jusqu’à 21 soldats russes à la nécropole nationale d’Haubourdin. Voir notre article.
- Il montre que la mémoire n’est jamais close. Un monument érigé en 2018 pour des morts de 1914 prouve qu’il reste du travail — et de la place pour les initiatives locales.
Pour prolonger : Chemins de mémoire dans les Weppes, la rubrique Mémoire, la fiche commune d’Herlies, l’agenda pour les cérémonies, l’annuaire et nos balades.
Si vous avez participé à l’érection du monument de 2018, si votre famille conserve un récit d’octobre 1914, ou si vous êtes en lien avec des descendants irlandais venus se recueillir ici, écrivez à la gazette. Cette histoire mérite d’être racontée par ceux qui la portent.
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