Illies compte environ 1 712 habitants. Son cimetière militaire allemand en abrite 2 890. Le rapport est brutal, et il résume mieux qu’un long discours ce que la Grande Guerre a fait au sud des Weppes.
Le village s’étend sur 7,97 km², code postal 59480. Le maire est Marvin Boulanger, le site municipal est ville-illies.fr. Territoire agricole à 88,5 %, traversé par la rivière la Layes, Illies a tout du village calme — sauf son histoire.
Une position qui explique tout
Regardez une carte en relief du secteur, si tant est qu’on puisse parler de relief ici. Une longue ondulation traverse le territoire d’ouest en est : la crête d’Aubers. Elle culmine à quelques dizaines de mètres, ce qui, dans un plat pays, revient à disposer d’un balcon.
Dès l’automne 1914, l’armée allemande s’installe sur cette hauteur et n’en bougera pratiquement plus jusqu’en 1918. Illies se retrouve juste derrière la ligne : assez près pour être en zone de combats, assez à l’abri pour accueillir des installations d’arrière-front.
D’où trois conséquences durables : des fortifications, un cimetière, et un village à reconstruire.
Le poste d’observation de la Bouchaine
Le nom ne dit rien au visiteur de passage. Il désigne pourtant l’un des éléments les plus parlants du dispositif allemand dans les Weppes : un poste d’observation en béton, installé pour surveiller le terrain vers les lignes britanniques.
Autour, une vingtaine de blockhaus jalonnent la commune. Casemates, abris, postes de tir : le parcours « La crête d’Aubers » permet d’en relier une partie et de comprendre la logique d’ensemble — pas des ouvrages isolés, mais un système en profondeur.
Sur la crête d’Aubers, le béton n’est pas un vestige isolé. C’est une ligne continue qui a tenu quatre ans.
Rappel indispensable : une bonne partie de ces ouvrages se trouve sur des terres privées et cultivées. On les observe depuis les chemins, on ne franchit pas les clôtures, et on ne stationne pas sur les accotements de culture. Un blockhaus n’est pas une aire de jeux, et un champ n’est pas un parking.
2 890 soldats, dont des tombes juives
Le cimetière militaire allemand d’Illies est l’un des plus grands des Weppes, devant Wicres (2 824), Beaucamps-Ligny (2 628), Haubourdin (1 627) et Wavrin (976).
Un détail mérite qu’on s’y arrête : le cimetière abrite des tombes juives, identifiables à leurs stèles distinctes. Elles rappellent que des dizaines de milliers de juifs allemands ont combattu sous l’uniforme du Reich pendant la Première Guerre mondiale, et qu’une génération plus tard, ce même État persécuterait leurs familles. C’est l’un des lieux des Weppes où l’ironie tragique du XXe siècle est la plus tangible.
La visite se fait en silence. Les cimetières militaires allemands en France sont entretenus par le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, souvent avec l’appui de bénévoles, y compris jeunes. L’accès est libre, la tenue attendue est celle qu’on aurait dans n’importe quel cimetière.
Ce que le village a reconstruit
L’église Saint-Vaast d’Illies a été relevée après 1918, en néo-gothique. Comme partout dans les Weppes, le chantier de reconstruction s’est joué entre dommages de guerre, choix esthétiques et volonté de retrouver une silhouette familière. Le sujet est traité en profondeur dans Clochers reconstruits du plat pays.
Le reste du patrimoine est plus discret : anciens fiefs et manoirs, traces d’une organisation seigneuriale antérieure. Et, dans un registre tout à fait contemporain, le golf du Vert Parc, qui occupe une partie du territoire et constitue l’un des rares équipements de loisirs de cette taille dans le sud des Weppes.
Illies dans le parcours de mémoire
Illies n’est pas une étape isolée. Elle s’insère dans une séquence :
- Fromelles, à quelques kilomètres, avec son musée labellisé « Musée de France » en 2023 et le cimetière de Pheasant Wood aménagé en 2010 ;
- Aubers et l’Aubers Ridge British Cemetery, plus de 700 tombes ;
- Le Maisnil, à 2,4 km du champ de bataille de Fromelles, secteur resté inviolé ;
- Wicres et son double cimetière allemand ;
- Herlies et le monument de 2018 consacré à la bataille de Pilly, raconté dans La bataille de Pilly.
L’ensemble se parcourt en une journée de voiture, ou en deux sorties à vélo. Le circuit complet est décrit dans Chemins de mémoire dans les Weppes.
Le village d’aujourd’hui
Il serait injuste de réduire Illies à ses sépultures. La commune a accueilli de nouveaux habitants, conserve un cadre rural, et fait vivre une vie associative que recense l’annuaire de la gazette. Ses rendez-vous figurent dans l’agenda.
C’est d’ailleurs le bon état d’esprit pour visiter : ne pas transformer un village habité en décor mémoriel. Les 1 712 Illiésiens d’aujourd’hui vivent dans un présent qui n’a rien de commémoratif.
Prolonger
La fiche commune d’Illies, la rubrique Mémoire, nos balades sur la crête d’Aubers et la carte des 25 communes.
Vous avez repéré un blockhaus mal documenté, une photo ancienne du village avant reconstruction, ou une histoire de famille liée à l’occupation ? Écrivez à la gazette. À Illies plus qu’ailleurs, le paysage ordinaire cache un dossier épais.
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