Un chiffre suffit à poser le sujet. Wicres compte 581 habitants. Son cimetière militaire allemand dit « Wicres-Village » en abrite 2 824. Pour un habitant vivant, presque cinq soldats enterrés.
Et ce n’est pas tout : la commune possède un second cimetière allemand, route de La Bassée, ainsi que 8 tombes anglaises au cimetière communal. Trois lieux de sépulture militaire dans un village de 2,81 km².
Le village
Wicres se situe dans le sud des Weppes, entre Fournes-en-Weppes, Herlies et Illies. Code postal 59134, maire Philippe Lacaze, site municipal wicres.fr. La rivière Libaude passe à proximité.
C’est un village typique du plat pays : cadre rural, quelques rues, une église, des chapelles, un conseil municipal de proximité. Rien qui prépare au choc du chiffre.
Pourquoi deux cimetières ici
La réponse tient à la géographie militaire. Wicres se trouve à quelques kilomètres derrière la crête d’Aubers, la ligne que l’armée allemande tient d’octobre 1914 à 1918.
Un front stabilisé produit une logistique de la mort. Les blessés évacués meurent à l’arrière ; les corps ramassés dans le no man’s land sont regroupés ; les unités relevées enterrent leurs morts dans des cimetières organisés. Le secteur d’arrière-front devient donc une zone de sépultures, année après année.
Wicres, Illies, Beaucamps-Ligny, Fournes-en-Weppes, Salomé, Wavrin, Haubourdin : tous ces villages sont dans la même bande de terrain, et tous portent le même type d’installation.
Deux cimetières plutôt qu’un s’expliquent en général par la chronologie — un premier site saturé, un second ouvert — ou par la répartition des unités et des postes de soins. Un cimetière militaire n’est jamais un choix esthétique : c’est une réponse à un flux.
Un village de moins de six cents âmes n’a pas décidé d’accueillir près de trois mille tombes. Il les a reçues.
Huit tombes anglaises
Au cimetière communal, huit sépultures britanniques rappellent l’autre camp. Elles correspondent le plus souvent aux premiers mois de la guerre — la phase de mouvement de l’automne 1914 — ou à des soldats morts en captivité derrière les lignes allemandes.
Huit tombes, cela ne fait pas un mémorial. Cela fait un détail que personne ne signale et que tout le monde peut manquer. C’est précisément le genre de chose que la gazette aime documenter, comme la trentaine de tombes CWGC de Sainghin-en-Weppes ou les 127 de Don.
L’église Saint-Vaast et les trois chapelles
Wicres n’a pas échappé aux destructions. L’église Saint-Vaast, gravement endommagée pendant la Grande Guerre, a été restaurée en 1920.
La date compte : 1920, c’est très tôt. Beaucoup de communes des Weppes ont attendu bien plus longtemps — Hantay a reconstruit son église entre 1922 et 1928, Escobecques en 1927, Bois-Grenier en 1926, et La Bassée n’a achevé la sienne qu’en 2005. Restaurer plutôt que rebâtir, dès 1920, indique que le gros œuvre tenait encore. Le sujet est développé dans Clochers reconstruits du plat pays.
La commune conserve par ailleurs trois chapelles : Saint Roch, Claire Fontaine et Vasseur. Ces petits édifices de bord de route ou de carrefour sont un patrimoine typiquement weppois, souvent entretenu par des riverains ou des associations. Ils sont évoqués dans Petits clochers, grandes histoires.
Visiter sans se tromper de posture
Trois règles, simples et non négociables :
- Ce sont des cimetières. Pas de pique-nique, pas de course d’enfants entre les stèles, pas de photos de mise en scène.
- Le stationnement se fait correctement. Les abords sont étroits ; un car ou trois voitures mal garées bloquent un village entier.
- Un seul cimetière suffit pour une première visite. Enchaîner Wicres, Illies et Beaucamps-Ligny dans la même heure produit surtout de la saturation.
Les cimetières militaires allemands en France sont entretenus par le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, souvent avec l’aide de jeunes bénévoles venus de plusieurs pays. C’est une donnée à connaître avant d’entrer.
Le village d’aujourd’hui
Wicres n’est pas un site mémoriel : c’est un village habité, avec des enfants, des associations, une vie municipale à taille humaine. Ses rendez-vous figurent dans l’agenda et ses acteurs dans l’annuaire.
Le respect dû aux tombes vaut aussi pour les vivants. On visite un village, pas un décor.
Prolonger
- Chemins de mémoire dans les Weppes pour le parcours complet ;
- Illies : 2 890 tombes et la crête qu’on n’a pas prise, voisine directe ;
- la fiche commune de Wicres, la rubrique Mémoire, nos balades et la carte des 25 communes.
Un document sur l’ouverture du second cimetière, une photo de l’église avant 1920, un nom identifié parmi les huit tombes britanniques ? Écrivez-nous.
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