Les Weppes font rarement la une pour autre chose que 1914-1918. Une fois, pourtant, le territoire a été distingué pour son paysage : en 2006, le Parc de la Deûle a reçu le Prix national du paysage. Pas un label touristique acheté à coups de brochures — une reconnaissance de l’État pour une transformation de terrain.
Et cette transformation nous concerne directement. Le parc irrigue Santes, Haubourdin, Sequedin et Wavrin, soit près de trente-trois mille habitants qui ont désormais un grand espace naturel à portée de vélo.
Ce qu’un prix du paysage récompense vraiment
Le Prix national du paysage ne salue pas un beau point de vue. Il distingue une démarche : la manière dont un territoire abîmé a été repensé, remodelé, replanté et rendu au public. C’est exactement l’histoire de la vallée de la Deûle.
Ici, le sol a porté des cultures maraîchères, des canaux de navigation, des usines, des remblais, des délaissés d’infrastructures. Le pari a consisté à ne pas faire semblant : plutôt que de déguiser cette histoire industrielle en campagne de carte postale, le projet a assumé la superposition — eau canalisée, boisements neufs, prairies humides, cheminements, zones laissées volontairement rustiques.
Un paysage primé, ce n’est pas un paysage intact. C’est un paysage réparé.
Le Relais Nature, la porte d’entrée santoise
Côté Santes, l’équipement clé s’appelle le Relais Nature. C’est le point où le parc devient lisible pour un visiteur qui ne connaît rien au dossier : accueil, sentiers, milieux humides, observation de la faune, animations. Pour une famille du plat pays, c’est souvent la première sortie « nature » qui ne demande ni voiture ni équipement.
Santes ne se limite pas à cela. La commune compte environ 5 652 habitants sur 7,54 km², avec l’étang de la Gîte, le canal de la Deûle, l’église Saint-Pierre classée Monument historique en 1984 — et, à l’opposé du registre, plus de 120 blockhaus allemands racontés dans À Santes, on marche encore sur la « Bertha ». Même commune, deux lectures du même sol.
Quatre communes, une seule rivière
Le parc ne s’arrête pas aux panneaux d’entrée d’agglomération, et c’est tout son intérêt.
- Haubourdin, la plus peuplée des Weppes avec 15 074 habitants sur 5,38 km², y ajoute le secteur de Canteraine et le parc d’Herbigny. La ville tient les deux bouts : un passé industriel — anciennes usines Lever, teinturerie Sander — et une façade verte sur le canal.
- Sequedin, 4 675 habitants, borde le canal de la Deûle et la Rigole du Nord, et conserve Le Petit Bois et ses arbres remarquables.
- Wavrin, 7 758 habitants sur 13,59 km² — la plus vaste du secteur —, touche le Parc de la Deûle et une partie de l’étang de la Gîte.
- Santes fait la jonction, avec le Relais Nature.
Autrement dit : quatre communes, quatre entrées, un même système d’eau. C’est cette continuité que le jury de 2006 a saluée.
Ce que ça change au quotidien
Un grand parc, dans un territoire aussi agricole que le nôtre, joue plusieurs rôles à la fois :
- Il absorbe l’eau. Prairies humides et boisements inondables encaissent les épisodes pluvieux que les sols cultivés drainent trop vite.
- Il donne un espace de respiration à des communes où la pression foncière avance vite, comme nous l’écrivions dans Entre champs et métropole.
- Il fabrique du lien. Clubs de marche, sorties d’écoles, associations naturalistes : le parc alimente une bonne part de ce que recense l’annuaire.
- Il relie. À vélo, les chemins de halage permettent de passer d’une commune à l’autre sans affronter les départementales.
Y aller correctement
Trois conseils de bon sens. D’abord, choisissez votre entrée : Santes pour l’accueil et les animations, Haubourdin pour une balade urbaine au bord de l’eau, Wavrin pour les grands espaces. Ensuite, vérifiez les horaires du Relais Nature et les dates d’animations sur l’agenda : les activités encadrées ne sont pas quotidiennes. Enfin, restez sur les cheminements : une partie des milieux protégés se dégrade en quelques saisons de piétinement.
Pour les itinéraires détaillés, allez voir nos balades. Et pour comprendre ce que le plat pays impose comme rythme de vie, relisez Vivre au plat pays.
Un patrimoine récent, donc fragile
On protège volontiers une église du XIIe siècle. On protège moins bien un paysage de vingt ans, parce qu’il n’a pas l’air d’un monument. Le Parc de la Deûle vit pourtant sous les mêmes menaces que le reste : grignotage des lisières, pression des usages, entretien coûteux, fréquentation mal répartie.
Le prix de 2006 est donc moins un aboutissement qu’un point de départ. Il dit que les Weppes savent produire autre chose que des lotissements et des cimetières militaires — à condition de continuer.
Pour prolonger : la fiche commune de Santes, la rubrique Territoire, la carte des 25 communes et nos balades. Et si vous avez des photos anciennes de la vallée avant travaux, la gazette est preneuse : le « avant » manque toujours cruellement.
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