Le canal est le premier repère que l’on retient d’Hantay. C’est un mauvais réflexe si l’on s’y arrête. Après 1918, ce village du sud des Weppes a dû rebâtir logements, église, habitudes. L’eau traverse encore la commune — canal, Libaude, courants. Elle n’explique pas, à elle seule, pourquoi 1 244 habitants vivent aujourd’hui sur 2,11 km².
La gazette a déjà suivi l’eau dans Hantay, le village nommé comme un canal, les vitraux et l’habitat relevé. Ici, l’angle est le choix de rester et de relever un village, bien au-delà de la berge.
Reconstruire, c’est choisir de revenir
Hantay a été fortement détruite pendant la Grande Guerre, comme La Bassée toute proche, comme Salomé, comme Marquillies. Les années 1920 ont apporté des dossiers de dommages de guerre, des matériaux rares, des entreprises débordées. Elles n’ont pas apporté, automatiquement, des habitants. Revenir, déblayer, reloger, puis rebâtir : c’est une décision collective, maison après maison.
Le vocabulaire du village le montre encore. Brique régulière, volumes simples, rues reprises sur un cadastre d’avant-guerre ou légèrement corrigées. Rien de spectaculaire. C’est le même effort que l’on photographie moins que les clochers. Sans ces maisons, le canal n’aurait été qu’un paysage vide.
On a relevé l’église pour le ciel du village. On a relevé les rues pour pouvoir y habiter.
Le maire est Gérard Plancq ; hantay.fr reste la référence municipale. Code postal 59496. Petite commune, maille serrée avec ses voisins : on n’y trouve pas tous les services, on y trouve encore une échelle de visages.
Saint-Martin, 1922-1928 : le chantier le plus lisible
L’église Saint-Martin a été relevée entre 1922 et 1928, en style néo-gothique. Six années : le calendrier est long, et il est normal. Constituer le dossier, attendre les versements, trouver la brique et les ouvriers pendant que tout le plat pays bâtit en même temps — Escobecques inaugure en 1927, Bois-Grenier en 1926. Hantay s’inscrit dans cette série.
Le choix du néo-gothique n’est pas un caprice d’architecte de village. Il permettait de retrouver une silhouette familière avec des techniques maîtrisées. Le sujet large est dans Clochers reconstruits du plat pays.
À l’intérieur, les vitraux de J. Largillier sont la signature artistique de ce chantier. Ils rappellent qu’une reconstruction faisait vivre un artisanat régional : verriers, menuisiers, ferronniers. Le détail est dans Les vitraux de J. Largillier. On y entre selon les horaires, sans flash abusif, sans traiter l’église comme un musée fermé le dimanche.
Le monument aux morts, élevé dans les mêmes années, complète le parvis. Dans un village de mille habitants, une liste de noms suffit à comprendre le prix payé. On s’y arrête cinq minutes. On ne s’y prend pas en photo comme devant un décor.
L’eau autour, les rues au milieu
Hantay est riveraine du canal et traversée par la Libaude et d’autres courants. Sur 2,11 km², c’est beaucoup d’eau pour peu de terre. Cette eau draine, limite, parfois inquiète. Elle offre aussi des sentiers — dont le secteur du « Découverte Nature des Weppes » déjà mentionné ailleurs. Les balades indiquent les passages autorisés. Les berges et ouvrages ne sont pas partout accessibles.
Pourtant, réduire Hantay au canal reproduirait l’erreur inverse de celle qui réduit Fromelles à 1916. On habite des rues, des jardins, une école, des associations. On va à La Bassée pour le marché, à Salomé pour un commerce, à Marquillies par les champs. L’annuaire et l’agenda décrivent cette maille mieux qu’une carte postale de péniche.
Les rues reconstruites servent encore : stationnement, passage d’engins, enfants. Un village relevé qui n’aurait plus que des façades d’entre-deux-guerres et une berge pour promeneurs du dimanche serait à moitié mort. Hantay tient tant que ces usages tiennent.
Visiter sans confondre berge et village
Une demi-journée possible.
- Le centre — Saint-Martin (vitraux, datation 1922-1928), monument aux morts, rues du bourg.
- Une halte utile — ce que l’annuaire indique encore ouvert.
- L’eau, ensuite — un tronçon de chemin autorisé, chaussures adaptées, distance avec les ouvrages.
- Un voisin — Salomé, La Bassée ou Marquillies, selon l’heure, plutôt que trois berges de suite.
Deux précautions. Ne pas entrer dans les propriétés sous prétexte de « voir la reconstruction ». Ne pas stationner sur les accotements étroits : 2,11 km², les routes sont celles du travail agricole autant que celles du visiteur.
Un village du sud, pas une annexe de La Bassée
Hantay polarise peu. La Bassée polarise. C’est précisément pourquoi le village mérite son propre récit. Être à côté d’une ville-marché n’interdit pas d’avoir une école, une fête, un conseil — Gérard Plancq et son équipe — une manière d’habiter l’eau et la brique d’après-guerre.
La fiche commune ouvre le portrait. La carte des 25 communes évite l’isolement. On peut relier le même jour les vitraux et une rue sans vitrine : les deux sont Hantay.
Ce que la reconstruction a réussi, ce n’est pas seulement un clocher néo-gothique. C’est la possibilité, un siècle plus tard, d’y habiter encore à 1 244. Chaque départ, chaque maison qui bascule en résidence secondaire ou en vide, rouvre la question de 1919 : un village relevé pour qui ?
Photos de chantier, lettres, souvenirs d’inauguration
Plans d’architecte, clichés de 1922 à 1928, souvenirs d’inauguration de Saint-Martin, photos de rues avant les enduits récents, récits d’anciens sur le retour après l’armistice : la gazette les attend, datés et sourcés. Hantay a été rebâtie une fois. Elle se raconte encore, si l’on accepte de quitter le seul canal pour les portes des maisons.
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