Demandez à un habitant de la métropole lilloise ce qu’évoque Englos. Il répondra « la zone », « les Géants », « l’échangeur ». Presque jamais « le village ».
C’est pourtant un village : 618 habitants sur 1,34 km², code postal 59320, maire Franck Mortier, site municipal englos.fr. L’une des plus petites communes des Weppes, coincée entre Haubourdin, Escobecques et Ennetières-en-Weppes.
Un déséquilibre unique dans les Weppes
Aucune autre commune du territoire ne connaît un tel écart entre sa notoriété et sa taille. Six cent dix-huit habitants ; une zone commerciale qui draine des dizaines de milliers de visiteurs par semaine.
Ce déséquilibre a des effets très concrets :
- la circulation, avec un échangeur autoroutier qui déverse un trafic sans commune mesure avec la population résidente ;
- le foncier, largement consommé par l’activité commerciale sur un territoire déjà minuscule ;
- l’image, où le nom de la commune est associé à des enseignes plutôt qu’à un lieu de vie ;
- les ressources, car une zone d’activité génère aussi des recettes — c’est l’autre face de la médaille, rarement mentionnée par les visiteurs.
Le sujet dépasse Englos. Il pose la question traitée dans Entre champs et métropole : comment un village de six cents âmes garde-t-il une identité quand la métropole installe chez lui un équipement d’échelle régionale ?
Englos est le seul village des Weppes que l’on connaît par son parking.
L’église Sainte-Marie-Madeleine, XVIe siècle, classée 1921
Le vrai patrimoine de la commune est là, et il est de premier ordre.
L’église Sainte-Marie-Madeleine date du XVIe siècle et a été classée Monument historique en 1921. Deux informations à peser.
Le XVIe siècle, d’abord. Dans un territoire où la Grande Guerre a détruit la quasi-totalité du bâti religieux ancien — Hantay, Illies, Escobecques, Bois-Grenier, La Bassée ont toutes dû reconstruire —, une église du XVIe conservée est une exception. Seules Hallennes-lez-Haubourdin avec sa nef de 1127 et sa tour de 1518, Sequedin avec son Saint-Laurent du XIIe siècle et Don avec son édifice de 1758 jouent dans la même catégorie.
Le classement de 1921, ensuite. La date est parlante : trois ans après l’armistice, alors que la région panse ses plaies, l’administration protège ce qui a tenu debout. C’est un réflexe d’inventaire d’après-catastrophe.
Le Fort d’Englos n’est pas à Englos
Voici une mise au point que la gazette tient à faire, parce que l’erreur circule beaucoup.
Le « Fort d’Englos » ne se trouve pas sur le territoire d’Englos. Il est situé à Ennetières-en-Weppes. Le nom prête à confusion depuis longtemps, notamment parce que les fortifications de la ceinture lilloise portaient souvent le nom de la localité la plus proche ou du secteur, pas de la commune d’implantation.
Nous avons consacré un article entier à cette confusion : Le Fort d’Englos n’est pas à Englos. Si vous partez chercher un fort dans les rues du village, vous ne trouverez rien — et vous serez le énième visiteur à faire ce trajet pour rien.
Pour le reste, la commune ne compte aucun cimetière ni mémorial militaire identifié sur son territoire. C’est rare dans les Weppes, et cela mérite d’être dit clairement plutôt que d’inventer une mémoire par symétrie.
Ce qu’il reste à voir
Soyons honnêtes sur le programme : Englos ne se visite pas une journée entière. Comptez une heure, bien employée :
- L’église Sainte-Marie-Madeleine, le motif principal du déplacement.
- Le cœur du village, pour mesurer le contraste avec la zone — quelques rues, une mairie, une échelle de voisinage intacte.
- Le parc Recréakid à proximité, si vous venez en famille.
- Une extension vers Escobecques et ses 302 habitants, ou vers Ennetières-en-Weppes pour voir le fort, le vrai.
Une commune à taille humaine sous une enseigne géante
Six cent dix-huit habitants, cela veut dire un conseil municipal proche du terrain, des associations qui fonctionnent au bouche-à-oreille et une vie collective qui repose sur une poignée de bénévoles — exactement le mécanisme décrit dans Les associations, cœur battant des villages.
Cela veut dire aussi que la commune n’a pas les moyens administratifs d’une ville, alors qu’elle doit composer avec des enjeux de ville : trafic, aménagement, nuisances, négociations avec la métropole.
Englos mérite donc mieux qu’un haussement d’épaules. C’est un cas d’école des Weppes contemporaines.
Prolonger
La fiche commune d’Englos, la rubrique Portraits, Marchés et commerces des Weppes pour la question du commerce local face aux zones, l’annuaire, l’agenda et la carte des 25 communes.
Une photo d’Englos avant la zone commerciale ? Un souvenir du village d’avant l’échangeur ? Envoyez-la : c’est le document qui manque le plus à notre fonds.
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