On associe volontiers les Weppes aux champs, aux clochers et aux cimetières militaires. Rarement à la peinture française. Pourtant, l’un des observateurs les plus fins de la société française entre la Révolution et la monarchie de Juillet est né chez nous, à La Bassée, en 1761.
Il s’appelle Louis-Léopold Boilly. Il est mort à Paris en 1845, après une carrière d’une longévité rare, traversant l’Ancien Régime finissant, la Révolution, l’Empire, la Restauration. Et il a peint, dessiné et lithographié ce que personne d’autre ne regardait vraiment : les gens ordinaires dans la rue.
Un fils de sculpteur sur bois
Boilly n’arrive pas de nulle part. Il grandit dans un milieu d’artisanat d’art : son père travaille le bois. Dans une ville-marché comme La Bassée, à la charnière des Weppes et de l’Artois, cela signifie un atelier, une clientèle d’église et de notables, et un apprentissage du geste avant celui du style.
Il se forme, passe par Douai, puis monte à Paris à une vingtaine d’années. C’est là que sa carrière se joue — mais c’est ici qu’elle commence.
Boilly n’a pas peint les Weppes. Il a emporté avec lui une manière de regarder les gens qui travaillent.
Ce qu’il a apporté à la peinture
Trois traits font sa singularité.
La scène de genre urbaine. Là où ses contemporains cherchent le grand sujet historique ou mythologique, Boilly peint des attroupements, des files d’attente, des arrivées de diligence, des cabinets de curiosité, des visiteurs de salons. Ses toiles sont pleines de monde, et chaque tête est individualisée.
Le portrait en série. Il a produit des centaines de petits portraits, rapides, ressemblants, accessibles à une clientèle bourgeoise. C’était un métier autant qu’un art — et cela nous a laissé une galerie de visages considérable.
La lithographie et le trompe-l’œil. Boilly a pratiqué très tôt l’estampe, ce qui a diffusé son travail bien au-delà des collectionneurs, et il s’est amusé aux illusions d’optique avec une virtuosité de technicien.
Sa carrière ne fut pas sans risque : sous la Révolution, la légèreté de certaines de ses scènes lui vaut des ennuis politiques, et il doit rectifier le tir avec des sujets plus civiques. Un artiste populaire n’est jamais tout à fait tranquille.
La Bassée, une ville qui a perdu ses décors
Si vous venez chercher la maison natale, préparez-vous à une déception — et elle en dit long sur notre territoire.
La Bassée compte environ 6 650 habitants sur seulement 3,53 km², code postal 59480. Le maire est Frédéric Cauderlier, le site municipal est ville-labassee.fr. C’est la ville la plus dense des Weppes, un pôle commercial pour tout le sud du territoire.
Mais la ville a été rasée deux fois : lors de la bataille de La Bassée en 1914, puis lors de la bataille de la Lys en 1918. Le tissu ancien a disparu. La commune a été décorée de la Croix de Guerre, et son église Saint-Vaast n’a été achevée qu’en 2005 — quatre-vingt-dix ans après la destruction de l’édifice d’origine. Le monument aux morts, avec sa statue de Jeanne d’Arc, est l’un des rares repères symboliques forts du centre.
Autre marqueur du paysage : le canal d’Aire à La Bassée, ouvert en 1822, 39 km de voie d’eau qui explique une bonne part de l’histoire économique locale.
Pourquoi il faut quand même raconter Boilly ici
Parce qu’une ville sans décors anciens a d’autant plus besoin de son récit. Quand les murs ont brûlé, il reste les noms.
Boilly n’a pas de maison-musée à La Bassée, pas de circuit fléché, pas de billetterie. Il a mieux, à condition qu’on le dise : un lien entre un bourg du plat pays et les collections des grands musées français. Ses œuvres se voient au Louvre, dans les musées de province — et notamment dans le Nord, où le Palais des Beaux-Arts de Lille et le musée de Douai conservent des pièces de sa main ou de son époque. Vérifiez l’accrochage avant de vous déplacer : les fonds tournent.
Se promener malgré tout
Une visite honnête de La Bassée tient en une matinée :
- Le centre reconstruit : lisez la brique de l’entre-deux-guerres, régulière, alignée, très différente du bâti des villages voisins.
- L’église Saint-Vaast, pour comprendre ce que signifie « finir un chantier en 2005 ».
- Le canal, pour la perspective et pour l’histoire industrielle.
- Le marché, parce que La Bassée est d’abord une ville-marché — le sujet est traité dans Marchés et commerces des Weppes.
Ensuite, prolongez vers Salomé, Hantay ou Illies : le sud des Weppes se lit en boucle, pas en point isolé.
Prolonger
- Clochers reconstruits du plat pays, pour comprendre les chantiers de l’après-guerre ;
- Chemins de mémoire dans les Weppes, pour situer La Bassée dans la ligne de front ;
- la fiche commune de La Bassée, les Portraits, l’annuaire et l’agenda.
Une reproduction de Boilly accrochée chez vos grands-parents, un souvenir d’exposition, une trace du nom dans les archives municipales ? Écrivez à la gazette : un peintre né ici mérite plus qu’une ligne dans une encyclopédie.
Commentaires
réservés aux voisins inscritsAucun commentaire pour l’instant. Soyez le premier voisin à réagir.