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Aubers — la gare et le train Michon, vers 1910.
Mémoire · Weppes · 1 août 2026

La ligne Michon : le train qui a dessiné les Weppes

Dix-huit kilomètres de Don-Sainghin à Fromelles, neuf communes, un tortillard à 18 km/h : entre 1906 et 1951, le train Michon a porté betteraves, bière, élèves et mémoire de guerre. Ce qu’il reste quand les rails ont disparu.

Par Rédaction Les Weppes
Gazette · 12 min de lecture
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Aubers — la gare et le train Michon, vers 1910.

Avant l’A25, avant l’échangeur d’Englos, avant le réflexe « je prends la voiture », les Weppes avaient un train. Pas un TGV. Un tortillard. On l’appelait le Michon, du nom de l’ingénieur concessionnaire Mathieu Michon. Dix-huit kilomètres. Une heure de trajet. Une vitesse moyenne d’environ 18 km/h — assez lente pour que certains témoins disent qu’on allait aussi vite à pied.

Et pourtant, cette lenteur a structuré le territoire.

Le Michon n’allait pas vite. Il allait partout où il fallait charger la betterave.

Une ligne d’intérêt local, ouverte en 1906

La concession est attribuée à Mathieu Michon le 19 avril 1902. La ligne est ouverte à la circulation le 6 septembre 1906. C’est un chemin de fer d’intérêt local, à voie normale (1,435 m), non électrifié, à voie unique — autorisé dans l’esprit de la loi du 11 juin 1880 qui multiplie alors les petites lignes rurales.

Elle relie la gare de Don – Sainghin, point de contact avec le grand réseau de la Compagnie du Nord, à Fromelles. Entre les deux, elle dessert successivement — avec des lacets volontaires — Sainghin-en-Weppes, Fournes-en-Weppes, Herlies, Wicres, Marquillies, Illies, Aubers et Fromelles.

Le tracé forme un S. Ce n’est pas un caprice d’ingénieur : la priorité allait aux fermes et aux usines, pas à la ligne droite. La voie coupe trois fois la future RN41. Pas de barrières automatiques : un garde, un drapeau rouge, un sifflet.

Mieux que des voyageurs : des marchandises

La vocation première, c’est le fret agricole et local :

  • betteraves vers la gare de Don-Sainghin pour l’expédition ;
  • charbon et matériaux de construction en retour ;
  • tonneaux de bière — la brasserie Motte-Cordonnier alimentait ainsi ses estaminets.

Chaque commune a sa gare sur le même modèle, et souvent un « Estaminet de la gare » juste à côté. On y parle arrivages, prix, récoltes. Le train fabrique du commerce autant qu’il transporte.

Les voyageurs existent, bien sûr — dont les élèves du pensionnat Gombert à Fournes, qui rejoignaient Don pour Lille le dimanche. Mais le trafic voyageurs cesse en 1929. Le Michon reste d’abord une affaire de cargaisons.

La guerre, la destruction, la reprise

En octobre 1918, quand l’armée allemande se retire du secteur, la ligne est complètement détruite. Ce n’est pas un détail technique : c’est la preuve que le train avait une valeur stratégique. Des historiens ont même montré que les gares Michon aident à comprendre l’occupation durable du secteur de Fromelles — une infrastructure utile se défend, se tient, se détruit.

Après-guerre, l’exploitation passe à la Société générale des chemins de fer économiques (SE). Dès janvier 1920, des tronçons rouvrent. Le département a besoin de cette artère pour relever une économie agricole et villageoise mise à genoux. La Compagnie du Nord fournit locomotive, fourgon, voitures.

1951 : la fermeture

En février 1951, la ligne ferme définitivement. Le camion a gagné. La voiture particulière s’installe. Les Weppes basculent vers un autre modèle de mobilité — celui que la gazette a déjà raconté dans Entre champs et métropole.

Ce qui disparaît alors, ce n’est pas seulement un horaire. C’est une manière de lier neuf villages sans passer par Lille.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Presque plus de rails. Presque plus de gares intactes dans leur usage. Mais le Michon n’a pas tout emporté :

  • des emprises, des alignements d’arbres, des souvenirs de passage à niveau ;
  • des photos de famille devant l’estaminet ;
  • une mémoire orale encore transmise à Fournes, Sainghin, Illies, Fromelles ;
  • une clé de lecture : pourquoi tel écart, telle ferme, telle rue « de la Gare » existe encore.

À Fournes-en-Weppes, la mairie a publié une petite histoire de la ligne Michon. C’est le bon réflexe : documenter avant que les derniers témoins ne s’éloignent.

Comment « marcher » le Michon en 2026

On ne le prend plus. On peut encore le suivre :

  1. Partez de la logique Don-Sainghin → Fromelles, pas d’un GPS touristique.
  2. Reliez les fiches communes dans l’ordre du S : Sainghin, Fournes, Herlies, Wicres, Marquillies, Illies, Aubers, Fromelles.
  3. Cherchez les indices : rue de la Gare, bâtiment isolé, talus, récit d’ancien.
  4. Croisez avec la mémoire 14-18 : le train et le front se sont souvent regardés.

Pourquoi ça compte encore

Parce que les Weppes n’ont pas toujours été « à vingt minutes de Lille en voiture ». Elles ont été un maillage ferré local, lent, utile, agricole. Comprendre le Michon, c’est comprendre pourquoi certains villages se tournent encore vers Don, pourquoi Fromelles fut un bout de ligne, pourquoi la betterave a laissé plus de traces que le tourisme.

Sources et prolongements

Vous avez une photo du train, un billet, un souvenir d’estaminet de gare, un plan de ferme desservie ? La gazette les accueille. Le Michon se reconstruit mieux par fragments — un cliché, un nom de halte, une anecdote de passage à niveau — que par nostalgie vague.

Cet article a été rédigé avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle, puis complété et relu par notre équipe.

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