Le train Michon a disparu en 1951. La gare de Don - Sainghin, elle, est toujours là — et elle n’est pas un souvenir. Place Victor-Hugo, code postal 59184, sur le sol de Sainghin-en-Weppes, à deux pas de Don : cinq voies, des voies de service, trois quais, un souterrain, des TER Hauts-de-France, des bus Ilévia, un parking-relais, des vélos. Ce n’est plus une simple halte de village. C’est le nœud par lequel le plat pays touche encore Lille, Lens et Béthune sans devoir tout miser sur la voiture.
Le Michon racontait le village. Don-Sainghin raconte le territoire.
Une bifurcation, pas un décor
Établie à 21 mètres d’altitude, au PK 18,947 de la ligne de Fives à Abbeville, la gare est une bifurcation. Entre les gares de La Fontaine et de Marquillies, elle aboutit aussi la ligne de Lens à Don - Sainghin (après Bauvin - Provin) et l’ancienne ligne de Templeuve à Don-Sainghin, aujourd’hui fermée. Autrement dit : ici, les rails se choisissent.
Dans le langage local, on parle encore volontiers de « gare de triage ». Le mot dit l’ampleur historique — faisceaux, fret, charbon, manœuvres — plus que le seul service voyageurs d’aujourd’hui. Les fiches SNCF parlent surtout de bifurcation et de fret ; les habitants gardent l’image d’un lieu où l’on trie autant qu’on attend.
Le double nom n’est pas un caprice marketing. La gare porte Don et Sainghin parce qu’elle sert les deux communes — et, en pratique, tout le sud des Weppes. On habite souvent d’un côté du panneau, on prend le train de l’autre.
Comment le rail est arrivé ici
Vers 1865, le chemin de fer place Sainghin sur la carte industrielle du Nord. La gare devient ensuite le point d’accroche du Michon : le tortillard local, ouvert en 1906, n’avait de sens que branché sur le grand réseau. Betteraves, charbon, bière, élèves du pensionnat Gombert à Fournes partaient ou arrivaient par ici. Quand le Michon ferme en 1951, Don-Sainghin reste — preuve que le nœud national et régional n’avait jamais dépendu du seul tortillard.
Autour, beaucoup de petites gares des Weppes ont disparu ou changé de vocation : Beaucamps-Ligny (fermée en 1937), Sequedin (reconvertie), les haltes Michon devenues rues « de la Gare ». Don-Sainghin, elle, a tenu.
Ce que l’on y fait concrètement
Gare SNCF ouverte tous les jours, avec guichet et automates. Un souterrain relie les quais. La desserte TER Hauts-de-France assure notamment des missions :
- Lille-Flandres ↔ Béthune (ou Saint-Pol-sur-Ternoise selon les trains) ;
- Lille-Flandres ↔ Lens.
Côté correspondances :
- bus Ilévia : lignes 61 et 932, plus les lignes sur réservation 28R et 61R ;
- car Arc-en-Ciel 2, ligne 880 ;
- parking-relais d’environ 450 places ;
- abri vélo sécurisé entre la gare et le parking ;
- fret encore ouvert en wagon isolé sur les faisceaux.
Depuis le 1er octobre 2011, un pôle d’échange a repris les abords : parkings, arceaux, cheminements piétons, arrêts bus. Ce n’était pas une opération cosmétique. C’était l’aveu que plus personne n’arrive d’une seule façon — et que le second grand pôle d’échanges de la métropole, après les gares lilloises, devait aussi exister ici.
La gare n’est donc pas un souvenir ferroviaire. C’est une infrastructure de quotidien : collégiens, salariés, rendez-vous à Lille, retours de week-end, vélos sur le quai, parents qui attendent sous le totem bleu.
Les chiffres : une gare qui a plongé, puis repris
Selon les estimations SNCF, la fréquentation annuelle a oscillé ainsi (voyageurs) :
| Année | Voyageurs |
|---|---|
| 2015 | 235 004 |
| 2017 | 236 725 |
| 2019 | 223 793 |
| 2020 | 122 592 |
| 2021 | 110 511 |
| 2022 | 149 938 |
| 2023 | 164 588 |
| 2024 | 176 025 |
Ce n’est pas Lille-Flandres. C’est déjà, pour les Weppes, un chiffre qui pèse. La chute de 2020-2021 dit la pandémie et le télétravail ; la remontée depuis 2022 dit autre chose : le train revient dans les emplois du temps, même s’il n’a pas encore retrouvé son pic d’avant-crise.
Pourquoi elle compte pour les vingt-cinq communes
Parce que sans elle, le récit « entre champs et métropole » bascule entièrement sur l’A25 et l’échangeur d’Englos. Or le train reste, pour une partie des habitants de Wavrin, Sainghin, Don, Marquillies, Fournes et au-delà, la preuve qu’on peut vivre ici sans dépendre d’une seule voiture.
Parce qu’elle fut le raccord du Michon. Comprendre Don-Sainghin, c’est comprendre pourquoi Fromelles était un bout de ligne — et pourquoi Sainghin reste un carrefour quand tant de villages n’ont plus que la route.
Parce qu’autour d’elle gravitent encore des toponymes, des habitudes, un quartier. On n’habite pas seulement « près de la gare » : on organise sa journée avec elle — l’heure du TER, le créneau du parking, le bus qui assure le dernier kilomètre.
Comment la lire, un jour ordinaire
- Arrivez à pied ou à vélo depuis le centre de Sainghin — la distance est courte, le contraste est net entre place du village et place Victor-Hugo.
- Regardez les faisceaux, pas seulement le bâtiment voyageurs : c’est là que l’histoire de triage se voit encore.
- Croisez les modes : train + bus + voiture + vélo. Le pôle de 2011 n’est pas une pub ; c’est un mode d’emploi.
- Reliez mentalement Don-Sainghin → Fournes → Herlies → Illies → Aubers → Fromelles : le fantôme du Michon partait d’ici.
- Comparez les horaires un matin de semaine et un dimanche : vous verrez tout de suite pour qui la gare est un outil, et pour qui elle reste une option.
Ce que la gazette retient
Le plat pays a perdu beaucoup de petites gares. Il en a gardé une grande. Tant que Don-Sainghin tient — horaires, correspondances, accessibilité, parking qui ne sature pas dès 7 h 40 — les Weppes gardent une porte ferroviaire. La fermer dans les têtes, ce serait accepter que le territoire ne soit plus qu’une aire de stationnement géante entre deux bretelles.
Sources et prolongements
- Wikipedia — Gare de Don - Sainghin
- SNCF — fréquentation en gares
- Ligne Michon
- Entre champs et métropole
- Sainghin, une place, trois clochers
- fiches Sainghin-en-Weppes et Don
- SNCF Gares & Connexions
Vous prenez ce TER tous les jours, ou vous l’avez abandonné pour la voiture ? Un retour factuel — horaires qui tiennent, correspondances ratées, parking saturé, vélo OK, bus 61 en retard — aide la gazette à parler de la gare telle qu’elle est vécue, pas telle qu’elle figure sur un plan.
1 commentaire
réservés aux voisins inscritsBonjour, Habituée de cette ligne, c’était top, on avait un train toutes les 20 min à Don pour aller sur Lille. En 2019, toutes les grilles horaires ont été revues et le matériel réparti sur toute la région au lieu du Nord (économie budgétaire ?) Aujourd'hui, moins de trains à mon grand regret... Pour moi, la SNCF n’a pas été visionnaire...mais bon qui pouvait prédire que les transports en commun allaient redevenir une alternative aux coûts de la vie. 😉