On visite volontiers les musées de guerre des Weppes. On oublie qu’il existe, à Marquillies, un musée qui raconte l’activité principale du territoire depuis mille ans : l’agriculture. Il s’appelle La Bergerie, et il conserve outils, machines et gestes d’un métier qui a changé plus vite en soixante ans qu’en six siècles.
Ce n’est pas un lieu spectaculaire. C’est un lieu utile — surtout dans un territoire où les lotissements poussent au bord des champs et où les enfants du plat pays n’ont plus forcément un cousin à la ferme.
Pourquoi une mémoire agricole, ici précisément
Les chiffres d’occupation des sols suffisent à justifier le sujet. Dans les Weppes, Fromelles est agricole à 96,1 %, Ennetières-en-Weppes à 90,8 %, Le Maisnil à 89,5 %, Illies à 88,5 %, Fournes-en-Weppes à 82,3 %, et Beaucamps-Ligny compte 78 % de terres arables.
Autrement dit : la terre n’est pas un décor, c’est l’économie de base. Blé, betterave, pomme de terre, maïs, lin, endives selon les exploitations — avec un calendrier qui commande encore le bruit, la circulation et l’odeur des villages, comme nous l’écrivions dans Vivre au plat pays.
Un musée agricole dans les Weppes, ce n’est pas de la nostalgie. C’est de la documentation.
Ce que l’on comprend dans une collection d’outils
Les objets d’un musée agricole ont un avantage sur les textes : ils rendent la pénibilité physique. Devant une faux, une charrue à cheval, un joug, une baratte, une trieuse à grains ou une arracheuse mécanique de première génération, on saisit immédiatement trois choses :
- le nombre de bras qu’il fallait mobiliser pour un hectare ;
- la place de l’animal de trait, avant que le moteur ne devienne la norme ;
- le rôle des femmes et des enfants, qui n’apparaît nulle part dans les statistiques officielles anciennes mais partout dans les outils de petite main.
Une collection comme celle de La Bergerie sert donc autant l’histoire sociale que l’histoire des techniques.
Marquillies, la commune
Marquillies compte environ 1 961 habitants sur 6,81 km², code postal 59274. Le maire est Éric Bocquet et le site municipal est marquillies.fr. La commune s’étend entre Sainghin-en-Weppes, Herlies et Don.
Son patrimoine tient en quelques lignes, mais elles sont denses :
- l’église Sainte-Geneviève, détruite pendant la Grande Guerre et reconstruite ensuite ;
- le château Coget ;
- La Bergerie, le musée agricole ;
- le domaine privé de chasse « Le Bien Aller », environ 500 hectares d’étangs et de bois — privé, donc non visitable, mais qui explique une bonne part du paysage du sud de la commune.
Côté mémoire, Marquillies a été occupée dès octobre 1914 et n’abrite pas de cimetière militaire identifié. Une histoire circule localement sur un lien avec le crash de l’aviateur américain Louis Bennett Jr. en 1918 : disons-le clairement, ce lien reste incertain, et la gazette préfère le signaler comme tel plutôt que de le colporter comme un fait établi.
Visiter La Bergerie : les bons réflexes
Comme beaucoup de petits musées associatifs du plat pays, La Bergerie ne fonctionne pas comme un équipement métropolitain. Quelques conseils :
- Vérifiez les jours et horaires d’ouverture avant de partir — auprès de la mairie ou via l’agenda de la gazette. Les ouvertures peuvent être saisonnières ou sur rendez-vous.
- Venez avec des questions. Dans ce type de lieu, l’essentiel se transmet à l’oral, par des bénévoles qui ont souvent utilisé les outils exposés.
- Emmenez les enfants : c’est l’un des rares musées où l’on comprend tout sans savoir lire.
- Prévoyez une boucle. Marquillies se combine bien avec Sainghin-en-Weppes et son centre-bourg, ou avec Don et le Parc de la Louvière.
Ce que la mémoire agricole apporte au débat d’aujourd’hui
Comprendre l’histoire agricole des Weppes, ce n’est pas seulement se retourner. C’est mieux lire les tensions actuelles :
- la pression foncière — chaque lotissement se construit sur des terres qui produisaient ;
- le morcellement des parcelles, qui complique le travail des exploitants ;
- la cohabitation entre nouveaux habitants et activité agricole : bruit des moissons, épandage, boue sur les routes ;
- les circuits courts, qui redonnent une valeur directe à la production locale — plusieurs fermes du secteur vendent sur place.
Sur ce dernier point, l’annuaire de la gazette est là pour recenser les producteurs qui ouvrent leur cour au public.
Prolonger
- Vivre au plat pays et Entre champs et métropole pour le contexte territorial ;
- Les associations, cœur battant des villages, parce que ce sont elles qui font tourner ce genre de musée ;
- la fiche commune de Marquillies, les Portraits et nos balades.
Vous avez des outils anciens au fond d’une grange, une photo de moisson des années 1950, ou un souvenir de battage à la ferme ? Signalez-le : une collection se construit à plusieurs, et une mémoire de gestes se perd très vite quand plus personne ne la raconte.
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